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dimanche, octobre 20, 2013

Sans queue ni tête sur l'île Sainte Marie.

Flot visqueux, bouillon rouge et noir perlant sur l'horizon bas
Ombre sangsue qui me suit pour quêter sa bouteille de Coca
Sur la place rouge de terre battue ceinte de tiges et d'herbus
La rue sans fin du village s'est assemblée pour la fête du zébu
En transe, pieds trépignant sur place, les femmes en chapeaux
De paille et fichus de couleurs ânnonent et halètent des mots

Sans queue ni tête, sur l'île Sainte Marie.

Le zébu, patte arrière entravée, pleure de son oeil morne
Les jeunes hommes le narguent en courant devant ses cornes
Tête basse ployée vers le sol, sa bosse tremble sous les coups
Il titube de fatigue et de peur, robe noire grisou sous le joug
L'homme le plus lâche, crâne, gorgé d'alcool jusqu'à la gueule
Et le frappe en s'enfuyant, bouche tordue, haineuse et veule

Sans queue ni tête, sur l'île Sainte Marie.

Le zébu feint une dernière charge, ses forces le quittent
Sa robe de cérémonie s'infuse du noir de la nuit des rites
Il tombe. On plante ses cornes dans la terre, gorge offerte
Un flash. L'oeil perd sa lumière. L'herbe n'est plus verte
La lame. Cou coupé. Raie rouge. Bouillon. Soubressauts. Tu ris.
Tête à part. Pattes arrières qui fendent l'air. Réflexes de vie.

Sans queue ni tête, sur l'île Sainte Marie.

Zébu tu connais maintenant l'âme de l'homme, dis le là haut.
Qu'elle est saôule, lâche, triste et aussi noire que ta peau.
De l'autre côté de la route, une baleine me souffle au coeur
Mélodie de joie, qui m'arrache à ces entrailles qui meurent
Je repousse ton bras quémandeur, dents serrées, sans voix
Homme sangsue je vomis ton coca calice. Zébu roi en croix.

Sans queue ni tête, sur l'île Sainte Marie.

mardi, décembre 04, 2012

Antilles priez pour nous


Douces îles, saoules au vent, qui oscillent entre sourde violence
Et tendresses alizées, encartées et figées en technicolor romance
Dehors le vent souffle hardiment, berçant docilement la moustiquaire
Il cogne effrontément aux fenêtres bleues de l’Habitation du vicaire

Des rafales arrachent aux palmiers leurs tiges souples et vertes
Hérissés de dorades aux yeux exorbités la gueule grande ouverte
Les esquifs des pécheurs sautent sur la vague que brise le corail
Et pointent leurs museaux sanglés de grands filets qui baillent

Jaillis de cent poumons endimanchés, les psaumes du chant sacré
Se déhanchent en cadence sur le parvis dans un rythme endiablé
Et puis les planches blanches de l’église Saint Pierre dégorgent
La foule qui s'ébroue sous les coups de boutoirs du soleil forge

Hommes et femmes, avec ou sans oreilles, au sang mêlé sourient
Doucement au soir qui vient, avant de grimacer sauvagement un pari
Regards brillants qui fixent les crêtes de deux coquelets décharnés
Qui s’affrontent saouls et titubants de leurs ergots de métal harnachés

Cachiman et mangue, ti-coco
Pomelo et pomme surette, ti-coco

La mangouste nous guette esquisse de sourire au coin des lèvres
Comme un chaton attendrissant, avant de se jeter avec fièvre
Dents acérées, au garrot, sans jamais lâcher prise, sur le serpent
Qui la narguait, le long du sentier qui mène au coeur du volcan

Si calme aujourd’hui, recouvert de son abondante toison de buissons
Il laisse deviner en bas, la ville abandonnée, figée sous la fusion
Les bombes de basalte ont évidé les murs qui baillent aux étoiles
Dans la savane, la villa d'un planteur de bananes met les voiles

Dans d’antiques bâtis de planches, de tôles et de poulies rouillées
Les rhumeries écrasent sans pitié la canne en un jus de mélasse ambré
Qui coule par de multiples vaisseaux pour se bonifier en cœur de chauffe
Il chauffe, embaume les cœurs, guérit la faim et tout vivant vous fauche

Les saints qui s’alignent aux alentours en une mélopée sacrée surveillent
Résignés et hagards cette ambiguë douceur qui balance aux alizés vermeils
Des senteurs parfumées, des couleurs ouatées et des risées moqueuses
Des huiles frelatées, de la colle à fumer et des effluves douteuses

Cachiman et mangue, ti-coco
Pomelo et pomme surette, ti-coco

Saint Jean et Saint André priez pour nous
Saint Paul et Saint Pierre, priez pour nous
Saint François et Saint Jacques priez pour nous
Saint André et Saint Matthieu , priez pour nous

Sainte Marie aussi

Amen

lundi, novembre 26, 2012

Cabane à sucre

Sur l'île d'Orléans, autrefois, toi émoi, et toi, et moi, ma mie
Nos langues, s'auscultent, se sculptent, se scalpent et s'épient
Cette province ne jacte pas ta langue, tu as la mienne pour horizon
Les peintures de guerre de tes lèvres colorent mon cou de corindon
Tu polaroides à tout va pour ton magazine de décoration américain
Ce décor insolite quadra color se pare d'un léger goût sucré cajun

La route tournoie, enlacée, ourlée de vert toute de blanc poudrée
Le vent aboie, ta main exhale dans la mienne un musc d'ocre parfumé
Les lumières de Québec vacillent au loin comme des feux follets
A même le flot se dresse comme un iceberg figé la tour du guet
Et sur le Saint Laurent qui mugit surgissant d'une brume mélasse
Tanguent les coques rouges et hautes des bateaux brise glace

Les érables supportent stoiquement la bolée de métal à leurs flancs
Et la saignée longiligne qui les vident lentement du jus sucré gluant
Dehors poudroie d'éclats blancs la nappe éblouissante de neige vierge
Dans la cabane à sucre rougoie la braise de métal de l'alambic cierge
De sa bouche jaillit le sucre et des bulles frémissantes et cuivrées
Les grandes gamelles débordent jusqu'à la gueule de la pâte ambrée

Le sucre d'érable en fusion posé sur un trépied comme sur un écrin
Repose comme un bijou sur la neige qui brule nos coeurs et nos mains
Tu souris heureuse de découvrir cette province inconnue de ton pays
Le sourire de tes yeux peints et de tes lèvres doucement m'envahit

Ontario, Ile de France, Sangs mélés algonquins
Notre cabane d'un moment sans lendemains aucun

Ma mie, l'île d'Orléans, C'était il y a cent ans
Une cabane de l'eau delà, Notre cabane au Canada

lundi, juin 27, 2011

Uluru Boomorang.



Sous le halo du soleil qui se couche en tremblant
La peau parcheminée et veinée du roc sacré rougit
L’aborigène, qui va devenir homme, caresse en se hissant
Souffle court le dos rond et chaud du monstre assoupi

Il sait depuis long temps tout des failles qui en orne les flancs
Cette nuit il a vu en rêve ses pairs les kangourous et les dingos
Et il a bu aux billabongs avec les crocodiles de tous les marigots
Et il a vu les siens exsuder par leurs pores l'eau de feu des blancs

Hier il capturait son premier brumbie dans un rêve image.
Aujourd'hui il chevauche sur le dos de l'outback sauvage.
Yeux bandés il se hisse pour faire honneur à ses ancêtres
Et démontrer qu'il est digne d'être un homme à ses maîtres.

Le guttural didgeridoo souffle dans son oreille intérieure
Un son rauque qui porte ses couleurs et gonfle son coeur
Refusant la chaine guide de l'homme blanc qui longe le ravin
Il trotte sur les écailles du monstre en se guidant des mains

Les bourrasques de vent venues du bush le collent à la paroi
Mais de son frère le vent il connaît déjà tout des lois
Il s'accroche, puis ses pieds se font plats, l'air se fait monde
Il enlève le bandeau, ouvre les bras et en lui l'univers abonde

En silence pour ne pas réveiller la tête du serpent arc en ciel
Il enfouit dans le sable ocre la sienne et il l'enduit de miel
Puis il dépose sa sève vierge dans une anfractuosité du rocher
Une rafale du vent lui confirme que la tribu vient de l'adouber

Le roc apaisé s'assoupit d'un sommeil qui n'a plus rien de féroce
L'homme nouveau né saisit son boomerang et le jette avec force
Dans un aller retour précis qui s'inscrit du soleil à la nuit
L'enfant et l'homme, le rêve, l'homme et la terre font fruit

jeudi, mai 07, 2009

Ossavango. नुइत सोलेइल डी' ओस्सवंगो

Nuit soleil d'Ossavango

Soleil à rebrousse poil.
Immensité constellée d'étoiles.

Tissu tacheté de fauve.
Une nuée filante et mauve.

Attroupés au point d'eau.
Ventrus et lourds animaux.
Apaisés au soir silencieux.
Immobiles sous le dais des cieux.
Suc poisseux qui perle lentement.
Enivré du fruit rouge dehiscent.
Tombé comme une goutte de rosée.
Escarboucle au grenat apaisé.

Jalon de carte sur ma route.
A la renverse de ma voute.
Ubiquité trouble de l'instant.
Ressac d'un bruissement du vent.
Affaissant d'une nuée les joncs.
Ivresse de la crinière lion.

Prestement j'ouvre la paume de ma main.
Une espérance de la tienne au lendemain.

Et la risée y jette un brin de canopée.
Triste et fugace présent de l'alizé.
Rêves sous le toit vermeil.
Eclats de nuit soleil.

dimanche, février 03, 2008

Constantinople


Constantinople. Istanbul.
Sons. Klaxons.Foule. Houle.
Couleurs. Saveurs. Odeurs.
Mais c'est Byzance !

Dans la torpeur huilée du narguilé
Tremblent les domes des mosquées.

Tout se bouscule et recule.
Tout se presse et se verse.
Tout se rue et se mue.
Transmutation. Pulsion.

L’air froid sue le Bosphore phosphorescent.
Les minarets bleus diffusent mille encens.
La voix du muezzin jaillit troublante et stridente
Relayée de tourelle en tourelle en notes vibrantes.
Sophie. Femme, Sainte, mosquée muséifiée.
Sous tes calligraphies sacrées, bleutées
Se terrent cachées, derrière des tentures
A l'abri des regards, les femmes impures.

Pleurent elles pour leurs aînées, jetées à la mer vivantes
Dans des sacs cousus, du sultan de Topkapi les servantes ?
Pleurent elles parce qu'elles n'ont pas de demain ?
Pleurent elles pour leurs enfants qui ont si faim ?

Dehors un faucon au bec acéré veille jalousement
Sur les babouches abandonnées au soleil levant.
Les couleurs endiablées luttent contre le noir du soir.
Les maquillages s'offrent en présent dans le grand encensoir.

Le grand pont de métal, entre l’Orient et l’Occident se tord
Comme la gigantesque aiguille d'une boussole qui perd le nord.
Un derviche tourneur tourne comme une toupie.
L'enfant sous son fez l'observe tout ébloui.

Tout se bouscule et recule.
Tout se presse et se verse.
Tout se rue et se mue.
Transmutation. Pulsion.

L’étrangère, épiée, prostituée par l’oeil sous un pont s’évanouit.
L’homme, un thé à la menthe en main, goguenard et hableur la suit.
Sous la torpeur, impalpable la peur.
Sous le tchador, des illusions la mort

Le faucon s'élance dans le vide
Des regards le suivent impavides.

Transmutation. Pulsion.

mercredi, janvier 30, 2008

Plage de Fakarava




En me tendant une papaye elle m'avait dit
Rejoins moi ce soir sur la plage de Fakarava
Au jour il pêche des perles blanches mon mari
Et à la nuit qui tombe il n'y sera donc pas

Près du lagon sans fond turquoise acidulé
D'une large machette je cassais des cocos
Laissant couler sur ma peau le jus velouté
Quant elle m'a rejoint j'étais allongé sur le dos

Le sable blanc encore chaud crisse sous ses pieds nus
Son pagne est rouge, ses cheveux brillent sous la lune
Elle porte un collier de coquillages des Tuamotu
Signes cabalistiques d'un chapelet de motifs runes

Ses jambes fuseaux se plient vers moi en douceur
Son pagne tombe à ses pieds dans un froissement
Ses yeux ont les reflets d'un corail d'ailleurs
Ma vahiné se dévoile aux étoiles du firmament

Sur ses seins ronds sont tatoués deux petits geckos
Leur têtes altières se dressent sous la risée du vent
Ma langue enivrée de jus caresse leurs museaux
Sous le petit Mohai nos corps s'épousent savamment

Le tané hurle à sa pomaré des mots fous sans queue ni tête
De l'oeil je guette les palmiers, je n'ai pas quitté ma machette.

jeudi, janvier 24, 2008

Je plane


Je plane, je plane, en mystère vingt

Par dessus la terre c'est divin

La tête dans les nuages

La terre est un mirage

Roma



Mais si tu vas à Rome ma jolie poupée
N’oublie pas ton eye liner et ton cafe latte

Y a de girondes petites nonnes
Qui minaudent sur la place Navone
Aux coins de rue s’hument des expressos
Des chiens savants dansent le doble passo
A l'opéra ils passent en boucle du Verdi
Et puis y a des boutiques si ça te dit aussi

Mais si tu vas à Rome ma jolie poupée
N’oublie pas ton eye liner et ton cafe latte

A Castel Gandolfo, le pape s'offre en chapelet
Les musées antiques ne désemplissent jamais
Sur les corsos y a des sacs à lanière
Et des gemmes colorés sur des étagères
Les petits malfrats te feront sourire
Sans que tu ne saches ce qu’ils te tirent

Mais si tu vas à Rome ma jolie poupée
N’oublie pas ton eye liner et ton cafe latte

Au pied du Colisée tu vas sans doute croiser
La terre entière au guide vert apprivoisée
Un beau gosse te fera délirer sur son Alfa Roméo
Te laisse pas faire poupée par de si jolis mots
A Rome tous les chemins y mènent c'est bien connu
Là bas jolie poupée tu ne seras jamais perdue

Mais moi, tu sais, je suis ici.
Et nous deux alors c’est fini ?

vendredi, novembre 09, 2007

Iles au vent



Elles sont partout. Grains de beauté. Amers.
Insolentes et fières qui se défendent face à la mer.

Difficiles à atteindre qui se méritent.
Isolées. Frisées d'atolls. Rondes ou qui se délitent.

Ecumantes, démentes. Souriantes, patientes.
Toujours semblables. Toujours différentes.

L’homme y est rare, à la langue lente et au coeur gros, ici le fils est né.
On veut les quitter dès le pied posé, les retrouver dès le pied exilé.

Havre. Tempête. Monde miniature. Concentré de peinture.
Grains de piment sur la mer. Poil à gratter qui gerbe l'azur.

Navires ancrés pour quelques jours aux drisses bruissantes et frémissantes.
Ormeaux aux couleurs de l' arc en ciel, bordés sous leurs toiles luisantes.

Gigue maritime endiablée.
Cri d'une corne embrumée.

Bréhat, Ibiza,
Lesbos, Amorgos,
Belle Ile et Sicile.
Irlande et Shetland.
Kho Lanta. Moorea. Cuba.
Sainte Lucie. Tasmanie.
Guadacanal et San Cristobal.
Gozo. Ilo Ilo.

Et le cimetière marin face à la mer.
Et le phare qui guette solitaire.
Et la chapelle aux ex votos.
Pendus au ciel petits bateaux.

Elles sont le début et la fin.
Elles sont le but et le destin.

Les iles.
Iles. Eau. Ilots.
Ilo Ilo.

lundi, novembre 05, 2007

War zone


Femmes violées devant leurs hommes par la troupe en guenilles
Village arasé, huttes brulées encore fumantes que l'on pille

On te saigne les pieds, après t'avoir suavement brulé les yeux
A l'école des mercenaires, tu ne peux que faire mieux

Le fer au sang caillé rougoie sous la danse d'une flamme
Kalach en bandoulière, les yeux hagards divaguent sans âme

L'enfant de douze ans rit, exhibant un chapelet de têtes coupées
Et lance dans son meilleur français, montrant sa lame acérée

"Coupe Coupe
Coupe Coupe"

Les canons sciés portent en bandoulière la rapine du jour
Saigné comme un cochon, éventré, ils te pendent tour à tour

A bout portant, tes boyaux feront festin aux rapaces du soir
Pas de fosse, juste un tas disloqué et sans forme pour mouroir

A l'arbre de sagesse, sous le dard du soleil, on crucifie le chef
On arrache ses ongles un à un, pour ne pas faire trop bref

L'enfant de douze ans rit, exhibant un chapelet de têtes coupées
Et lance dans son meilleur français, montrant sa lame affutée

"Coupe Coupe
Coupe Coupe"

Le film défile en accéléré
Disque déraillé et rayé

Coupez Coupez

vendredi, septembre 14, 2007

Le Mont


Qui dira tes aurores vertes et bleues fouettées et agitées ?
Qui dira tes algues d'argent ? Qui dira ton jusant ?
Qui dira ta vague ronde et brutale ? Qui dira tes gisants ?
Qui dira tes ajoncs parfumés et ton roc salé ?

Je dirai tes maisons colombines dans la sente qui serpente
Je dirai tes Montois, marins, pécheurs, guerriers ou hôteliers
Je dirai le vaisseau de pierre, à l’ange doré, au rocher lié
Je dirai, là haut , les miettes émiettées à la mouette dans la pente

Nous dirons le genet planté dans nos cheveux cendrés
Nous dirons le cidre doré glané dans tes bolées cuivrées
Nous dirons la quête du vent qui mord et nous râpe
Nous dirons nos coeurs soudain ballotés qui dérapent

Ils diront nos traversées du courant à gouter la marée
Ils diront la vague au goût salé qui court emballée
Ils diront les tangues mouvantes qui couvrent les trous d’eau
Ils diront qu’autrefois il y avait un marquis qui portait sur son dos.

On dira, il est mort heureux près du tombeau d’Hélène
On dira, il a perdu sa vie ,enivré de chouchen
On dira, la mer a englouti le dernier des grand mâts
On dira, et dire qu’on ne le connaissait même pas !
'
En son sein
Le Mont Saint
A donné tout ceci
Et a repris aussi

samedi, juin 23, 2007

Paco le gitan



Santiago de Compostelle, dresse au loin ses tourelles.
Dans l’eau du lac sans fond, sous ton chapeau tu fonds.

Tu as couvert ta tête fière, d’une couronne de lauriers verts.
Tes cousins, tes tantes, tes amis, font leurs ablutions au paradis.

Les œufs durcis au feu de camp, sont colorés de rouge et de blanc.
Pâques ô pâques, tes œufs, sont des hommages et des vœux.

Mille chandelles volages, brûlent des cierges au voyage.
Paco, Paco tu bois le rouge vin, qui te donnera à elle demain.

Tu croques le riz à pleines dents, en l’honneur du roi des gitans.
Tu bois cul sec au lendemain, pour fêter tes cousins roumains.

Les feux de bois flottant, offrent à Sainte Sara un présent.
Au rythme sourd du violon, l’enfant d’hier se change en lion.

Ta promise est là sans chemise, blanche rebelle et insoumise.
Offrande offerte à l’eau glacée, qui dresse ses boutons de rosée.

Demain c’est le Chili,
ou l’Argentine
Demain est un pari,
que tu rumines.

Opaque.
Ô Pâques !

samedi, juin 16, 2007

Clermont Lounge


Les coeurs chauffent, sous la houle ambrée du whisky.
Les grands bocks de bière se reflètent au plafond
Déformés à des miroirs pendus de bas en haut.
Et soudain la salle fiévreuse et enfumée rugit.

Elle vient de paraître. Fleur effleurée.

Son sourire éclate, réfléchi en mille facettes. Elle a des jambes d'ange.
Au croisement de Ponce de Leon et de Peachtree. Au Clermont lounge.
Les cigares cubains dissipent leur fade et entêtante odeur.
La musique explose, hurle, et fait battre la chamade des coeurs.

Son sourire nous éblouit. Fleur effeuillée.

Les respirations hésitent. Quelques hurlements. On mousse les bières.
Comme des papillons verts les dollars pliés volent. Jusqu’à sa jarretière.
Pour qu’elle nous laisse pantois, sans voix, à la pâleur rosée de sa peau.
Les hommes plient l'échine jusqu'à l'estrade, bouche ouverte, sans mots.

On veut son corps qui luit. Fleur désirée.

Et plus tard, au jour qui naît, quand le sourire s’efface
Et que la glace pilée a fondu au fond des verres
Les papillons dépliés et froissés s'entassent
Dans la boite de bois noire, sur l’étagère.

Et elle pleure. Et elle pleure. Bébé mort hier. Mis en bière. Fleur violée.

vendredi, avril 20, 2007

Favela San José


Elle promène, pendue à son bras, sa poupée de chiffon froissé.
Sur le moro, la favela vomit par saccades noires, sans fin,
De vieux éviers, des cabanons de bois et des tôle rouillées.
Et à nouveau quelques mètres encore seront noircis demain.

Puis d’autres. Barbouillés. Boueux. Encore et toujours.
Ici des planches disjointes délimitent une improbable ruelle,
Ici, jaillie d’un égout âcre et ocre, l’eau glauque ruisselle.
L’enfant trouve une fleur pour sa poupée, juste avant la fin du jour.

Quelques volatils éplumés, décolorés, s’échappent en tous sens
De ce qui fut l’école du Peuple quand il y avait encore l' espoir.
Malgré l’air froid du soir, insensible à ce cloaque immense et dense
Un jeune barbu s’échine à recréer le monde au tableau noir.

Quelques jeunes, clops au bec, s'esclaffent d’un rire fiévreux et enivré
Autour d’une bicyclette rouge étrangement neuve dont brille le guidon.
Et ce soir encore, à la lumière d’un projecteur, le camion aux jambons
Viendra, derrière chez Teresa, ramasser son lot de cadavres mutilés.

En bas, dans la cuvette, les lumières de Copacabana brillent scintillantes.
Au soir apaisé, elles miroitent. Bariolées et tentantes. Eblouissantes.
Là haut, les drogués se disputent au croc de boucher la poudre luisante.

La cachas souffrée, tourne dans le verre de José, et lui brule le sang.
Au Corcovado, le grand Christ blanc observe bras ouverts impuissants
La vague noire qui glisse vers la mer et qui demain noiera tous ses enfants.

vendredi, février 23, 2007

Le baobab de Mada.


Au bout de la route rouge qui poudroie
Le baobab de Mada des arbres le roi.

samedi, janvier 13, 2007

Le Barong


La porte de pierre lourdement sculptée
ferme l'enceinte luxuriante et bariolée.

Le petit singe s'y juge d'un air assuré.
Il joue, amusé, avec un masque ajouré.

Sous l'effet des fleurs piquées à même leurs fronts
les faciès grimaçants des statues rougoient sur le perron.

Les tentures à damiers noirs et blancs
flottent doucement au gré du vent.

Sur la place, sous leurs masques de bois, devant le palais du sultan
s'affrontent les hommes qui miment les guerres de tous les temps.

Le petit singe sourit et ajuste son masque. Il sait qui va gagner. Une fois encore.
Dans sa robe chamarrée à grands pans, le barong lourdement affronte la mort.

Les coqs de combat, aux ergots de fer, et les enfants, se taisent tout soudain.
Ondulant sous la force de ses multiples pattes le barong affronte son destin.

Les kris brillent sous la lune et se tordent sur la peau carapaçonnée.
Le petit singe bat des mains, il sait que le roi des singes va bientôt attaquer.

La terre noire usée, piétinée, ravinée
tremble sous la masse des monstres chavirés.

Bouche terrifiante, le barong piétine et ondule sa monstrueuse tête.
Au ciel un cerf volant le nargue, qui se moque bien des hommes et des bêtes.

Il nargue le réel et les rêves, les ombres et les lieux
les hommes, le mal et le bien, et même les dieux.

Il est démon de minuit.

En bois, papier maché et fil de fer.
Sa tête touche le ciel, sa queue la terre

Il est celui qui les unit.

lundi, novembre 13, 2006

Transibérien. Km 1777




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Au kilomètre Mille sept cent soixante dix sept Tu changes de continent Mon trans-sainte russie

Tu es blanc.
Tu as Mille et Trente ans.
Deux ours couverts de givre se battent lourdement.
Les bouleaux inviolés poudroient d’or, de vert et de blanc.
Le lynx fixe sa proie au dos d’argent et la broie dans sa course.
Là bas, un tigre blanc guette un petit d’homme en pelure d’ours.
Du nord au sud, de l’est à l’ouest, le vent souffle. Il souffle le vent.

Tu es ce vent.
Tu as Six Cent Trente ans.
Les étendards des tribus de Kiev flottent sanglants.
Sur la glace rougie, les chevaux meurtris pleurent du sang.
« Les vikings, les vikings arrivent » hurlent apeurés tes moujiks.
Tu leur dit de croire en leur prince, le premier chrétien, le premier des Riourik.
Les paysans courbent la tête, convertis à ta foi, avant que tu ne mettes le feu au levant.

Tu es ce feu.
Tu as Quatre Cent Trente ans.
La forêt brûle et sur la Neva il se fait tard.
Les os plient et cassent sous les coups du joug tatar.
Tu lances tes cohortes d’or contre la horde hirsute et barbare.
« Les cosaques, les cosaques arrivent » s’empourprent tes moujiks.
Tu leur cries de croire en leur maître, Ivan le terrible, au redoutable stick.
Boyards et mongols plient l’échine, mais c’est déjà au loin que se fixe ton regard.

Tu es jaune.
Tu as deux cent trente ans.
Tu creuses les flancs de la montagne.
Tu saignes la terre et tu brûles la campagne.
Tu bois de grandes goulées de feu pour oublier ton bagne.
« J’ai trouvé, j’ai trouvé l’or de ma vie », la veine nacrée te fait délirer
Tu barattes, sans répit, la Lena, pour extraire du mercure une pépite dorée.
La barque plie sous le poids du métal rêvé, et tu pars chercher une nouvelle compagne.


Tu es le fer.
Tu as cent ans.
Tu viens de mener au bout le grand cheval.
Dix ans pour défricher la forêt et contourner le lac Baikal.
Tu imposes la main chancelante des Romanov jusqu’au chenal.
Des milliers de morts, dans la boue, pour donner à Vladivostok un débouché.
Au kilomètre Mille Sept Cent Soixante Dix Sept tu changes de continent sans t’en douter.
Quelle ironie d’être ainsi blessé mort, à Borki dans l’accident de ton nouveau jouet de métal.

Tu es rouge.
Tu as trois fois trente ans.
Tu lèves le drapeau et le marteau pour mettre le tsar à bas.
Les ennemis du peuple, du communisme et du pays tu les abats.
Nous serons tous égaux, dans la mort, koulaks, allemands et renégats.
« Petits pères comme vous nous comprenez » plasmodie ton peuple affamé.
Ton peuple, saoulé, te remercie de lui avoir apporté la liberté, l’égalité et l’électricité
Tes suivants momifiés, de glorieuses guerres en goulags, pourront compléter ce cabas.

Tu es vert de gris.
Tu as moins de trente ans.
Tu fumes des cigarettes américaines ou du vernis.
Tu sens dans tes poumons le radium brûlant et la poudre à fusil.
Les feuilles des bouleaux ont jaunies de Tchernobyl jusqu’à Grozny.
La mer d’Aral est vide. D’Ukraine à la Lituanie on crie « Evacuation ».
Le kolkhoze s’est vidé. Du Turkménistan à la Lettonie on crie « Séparation ».
Plutonium, guerre du feu, proton, feu fou à lier, baryum, pollonium, uranium appauvri.

Tu as dix ans.
Le denier tigre blanc est mort à Saint Petersbourg au zoo.
Les nouveaux riches garent leurs Mercedes devant les casinos.
Le patron de l’ancienne aciérie joue avec ses belles putains aux dominos.
A la station Moskovaia, la babouchka vend ses derniers navets dans le métro.
Le caviar noir du béluga dans sa boite argentée, cotoie l’orange du saumon d’élevage.
Dans la tour bleutée des pétroles d’Ingouchie, se reflète l’isba de bois comme un mirage.
On porte en terre orthodoxe au glas des cloches, une femme assassinée, qui parlait haut.

Tu as un jour
Tu es ce jour.
Tu ouvres les yeux
On te baptise à la vodka


Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer.
Tu bois l’air froid à grandes goulées.
Le train emballé de ta vie à vide, roule avide.
On te lange dans le linge blanc des nouveaux nés.

Au kilomètre Mille Sept Cent Soixante Dix Sept tu changes de continent.

Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer.
Tu voudrais comprendre avant d’y aller.
Le train emballé de ta vie avide, roule à vide.
On te lange dans le linceul blanc des illusions passées.

Expier. Expirer. Tu changes de couleur
Ta pierre est lisse sous la morsure du vent.
Tu souris et soudain tu changes de continent.