Monday, February 16, 2009

Aux portes du palais.


Une réponse pour jouer avec le beau texte de Marco sur le blog des Editions Leo Scheer. ( cf blog : http://marc-sefaris.sosblog.fr et son premier livre :
http://avis.fnac.com/5912-fr_fr/2521164/reviews.htm?PRID=2521164 )

On raconte encore que le jour de l'anniversaire du Pacha, Emir se présenta à la porte du palais. Il portait sur son dos un sac qui semblait bien rempli et bien lourd pour un petit paysan, le simple fils d'un meunier d'Azakan. Sans s'arrêter devant la foule des marchands et des mendiants il marcha directement, d'un pas vif et intrépide, vers la porte massive qui fermait l'enceinte de briques rouges. On le vit disparaitre, tel un fantôme, sous le porche aux armes de l'empereur et refermer derrière lui la lourde porte d'acier. On raconta plus tard qu'à cet instant un silence pesant s'était abattu sur la ville. A l'heure dite, le muezzin ne chanta pas, comme averti par un signe du ciel et un lourd pressentiment.

Deux jours passèrent sans que nul n'osa pousser la porte. Aucun son ne sortait du palais. Au froid du soir, sous les risées de sable du désert, chacun guetta, comme chaque soir, la suave musique du harem. En vain.

Le troisième jour, conformément aux écritures du livre des Sables, la porte s'entrouvrit. Sous le baldaquin d'or aux armes de la Sainte Porte, Emir sortit entouré des eunuques de la garde impériale. Il tenait dans sa main gauche le plus grand cobra qu'il ait jamais été donné de voir dans cette partie des terres conquises, dans sa main droite trônait un grand livre relié en cuir de Cordoue et couvert de pierres précieuses.

Secoué sur sa chaise à porteur, comme sur le dos du majestueux chameau d'Abalin, Emir, l'inculte paysan d'Azakan, commençait l'écriture du roman de sa vie, tout en caressant rêveusement le cou du grand cobra.

Une immense clameur de stupéfaction embrasa la ville aux mille tourelles. On se précipita dans le palais. Gardiens, marchands, courtisans, tous gisaient aux sols avec une large marque bleutée gonflant démésurément la veine de leur cou. Dans la cour on devinait sous l'amas des corps le sac ouvert du petit paysan. Cinquante cobras géants se dressaient de toute leur taille devant la foule interdite. L'éclat de leurs prunelles jaunes figea le sang des plus courageux.

Le soir meme le conseil des cents patriarches se réunit. On décida qu'Emir le Cobra ferait un très bon empereur. Cinq ambassadeurs furent choisis pour lui porter de l'encens et les plus belles enluminures de l'Empire.

Emir ne leva pas la tete pour les recevoir. Une plume d'oie des sables en main, il était déjà en train d'écrire une nouvelle page de sa vie.

17 comments:

ellesurlalune said...

J'adore la description de ton texte , on arrive à tout imaginer, tout y est , bravo !

jalhouse said...

J'aime beaucoup ta manière de décrire .. on s'y coirait presque ...

Merci pour ce petit bout d'histoire...
Bisou bisou

esperance said...

j adore lire tout cela juste avant de dormir et je vais faire un beau
rêve maintenant ,

eh oui on imagine... et on aimerait
la suite...

bises de la nuit

Anonymous said...

Merci d'être passé entre mes lignes cher Gondolfo. Chez vous c'est très riche, beaucoup à découvrir. Sympa ce partage !

Amitiés

Miriam Naïli
(Portraits et Impressions)

frasby said...

Magnifique ! vous nous transportez loin, ça tombe bien, on en avait vraiment besoin.

armandie said...

il semble qu'Emir, paysan modeste, ait su s'entourer d'animaux hors du commun pour écrire le livre de sa vie.
Je trouve le grand cobra fascinant.
Baisers
Armandie

Sophie said...

Aux portes du Palais je m'endors et je rêve encore que demain sera meilleur !

Sidney said...

Nice text... very captivating...

jean-philippe said...

je pense sincèrement qu'Emir le Cobra cache quelque peu son jeu et que le mystère de cette brillante histoire se cache là...mais peut etre me trompe je ?

Dane said...

Je reviens vers toi avec un grand plaisir...
Je relis, je m'imprègne et je savoure....
Belle soirée à toi

Poupoute said...

C'est une belle histoire et puis c'est le cycle de la vie, le cobra aura mandat jusqu'à ce que la mangouste se porte candidate

frasby said...

Plus qu'un texte, un voyage.
Un enlèvement ;-)

Quichottine said...

Comme chaque fois que je viens te lire, je suis émerveillée par ton adresse... Tu nous emmènes où tu l'as décidé, sans qu'on ait envie de quitter ta page avant de savoir...

Et, ce n'est qu'à la dernière ligne que l'on peut arrêter de trembler pour sourire.

J'adore.

isabelle said...

Moi, je reste sur ma faim... Je voudrai en savoir plus sur Emir.

Solange said...

Je te remercie pour ton passage sur mon blogue ton histoire m'a emballé, j'espère qu'il y aura une suite.

Jennifer said...

Enfin ! J'ai compris d'où venait ce chameau dans ce rêve qui m'a laissée fort perplexe il y a quelques temps. Une sombre histoire de copains qui m'avaient réfilé un chameau en rut et dont je ne savais que faire. ça fait un petit moment que je cherche et voilà, le chameau, il est chez Gondolfo, aux portes du palais. Je ne sais pas si je dois te remercier pour cet élément d'inspiration orinique... Bon, tu as l'air d'aller bien ?

enriqueta said...

Un conte très immoral mais passionnant.