Saturday, January 24, 2009

Ecoute comme il gronde, Ilias...

- Ecoute comme il gronde, Ilias... Il y a long temps, la pythie l'avait dit à nos ancêtres, là bas, en Grèce. Du fond de son antre, dans l'adyton du temple, en mâchant le laurier vert fraichement cueilli, elle savait déjà la force rougeoyante qui perlait au bord des lèvres de la terre sur nos têtes. Et souviens toi aussi des craquements de la terre..

Le basalte s'envole en bombes assourdissantes, les cendres noircissent déjà l'air, projetées par le champignon de fumée en salves brulantes. Force tellurique du fond des âges, la lave rouge et jaune perle par les veines du Vésuve et recouvre déjà de ses vagues les pieds du forum et du temple d'Apollon.

- Ecoute comme il gronde, Ilias...Les dieux nous ont abandonnés. Attelons le char pour rejoindre la mer bienveillante.

- Lucia, petite soeur, nos aieux sont ici qui veillent sur nous et sur Herculanum.Faisons confiance aux Dieux. Puisons plutôt dans la dolia ce vin doux de Naples que tu aimes tant.


Sophie, du haut de ses huit ans, se hisse pour observer le moulage des deux corps emprisonnés dans leur gangue volcanique, qui se donnent encore la main dans la vitrine faiblement éclairée. Dans le silence religieux de la salle du British Museum, il lui semble que l'un des corps porte son autre main à sa bouche. Pour un baiser ?

Elle regarde pensive le gardien endormi sur sa chaise. Plus tard, se dit elle, je serai "arcéolog".

34 comments:

Milla said...

"la pythie l'avait dit à nos ancêtres" honneur a Socrate, très beau texte ;-)

Dane said...

Il est des instants de rêves où tout devient possible...
Très belle histoire pour une visite au musée différente!
Belle journée à toi Gondolfo

Anonymous said...

Un sentiment identique à Pompéi !...

Claude
http://geleroyale.over-blog.com

ellesurlalune said...

Derrière le verre , deux mains se rejoignent à jamais liées .
Derrière le verre dans un musée, ce lien à contempler .
Comment ne pas avoir envie , de ne pas vouloir creuser le sol, le ventre de la terre pour découvrir le passé . Bon nombre d'enfants ont eu un jour envie de faire de leur existence un métier fabuleux et rempli de promesses.

jalhouse said...

Bien belle histoire que celle de Sophie .....
Bisou à toi .........

Cath said...

quand je vois ces corps embrassés dans la boue éternelle et leur beauté involontaire livrée aux millénaires... je songe à la beauté de la vie qu'ils ont sans doute eu pour nous offrir ainsi une si belle mort...

Yvlyn Ségal. said...

Quel texte choisir pour souhaiter que 2009 soit pour toi synonyme de multiples voyages qui me font tant rêver quand tu en rapportes les images et des textes qui me touchent à m'en laisser sans voix.
À très bientôt promis.
Yvlyn's
http://yvlynsegal.com/

Post scriptum :
Merci d'avoir fait le temps d'une escale un détour par mon blog.

Le Photon said...

N'est-ce pas plutôt nous, Lucia, qui avons abandonné les dieux ? Ils n'en sont point jaloux ni vexés, ils se sont humblement retirés pour nous laisser jouer. En nous prenant pour la seule source de Lumières, nous nous sommes nous-mêmes aveuglés, bien plus sûrement qu'à saluer le Soleil en le regardant en face. Si bien que, ne sachant plus lire le livre du Monde, nous en faisons défiler les pages à toute vitesse. Illusoire lecture que cette lecture en diagonale : diagonale du fou, échec de l'Homme, échec et mat - en breton, mat signifie fou.
Dans l'effacement de la volonté des dieux, le Cosmos ne nous parle plus que le langage de la fureur des éléments, réponse à nos folies. Tempêtes et raz-de-marée. Depuis son désenchantement, le Chant de la Terre n'est plus un chant, il n'est plus que cri. Mahler et Munch réunis. Saurons-nous entendre ce cri semblable à celui de la mort du grand Pan ? Aveugles, serons-nous également sourds ? Non, car il reste la musique et la poésie. C'est par elles que nous retrouverons les dieux. Sous une autre forme, avec d'autres noms, n'en doutons pas, ils reviendront.

pierre said...

Les Dieux, nous les avons abandonnés et les conciliateurs sont partis nous laissant là, au bord du désastre.
Sophie, devant la vitre, les aperçoit et les prendras par la main. Ce que je lui souhaite.

jean-philippe said...

j'écoute et je lis en silence la beauté calme et limpide de tes mots... et bon sang que ça fait du bien !

merci pour la qualité de ce lieu !!

MADmoiselle said...

Voilà comment naît une vocation :)

Viviane said...

Et ... Ils n'ont pas fini de gronder...
Que penseraient nos ancêtres s'ils revenaient pour voir ce qu'ils nous avaient laissé?
Bonne fin de journée
Viviane

Eglantine said...

Joli le rêve de Sophie......

binicaise said...

La terre qui reste la maitresse, je crains qu'un jour elle ne se secoue et envoie en l'air tous les petits moucherons que nous sommes..
Bonne fin de journée Jacqueline

isabelle said...

Quel beau texte!! j'ai adoré... Herculanum et PompeÏ continuent de fasciner... Les enfants comme les adultes... Je ne pense pas te l'avoir dit mais tu as un concept de blog excellent. Cette idée de passer d'un texte à l'autre, d'un pays à l'autre est vachement bien.

aufraisdesmots said...

Bonsoir
Merci d'être passé lire un peu sur la page.
J'ai lu l'imaginaire des deux corps enlacés.
Je croyais que c'était ceux de Pompéi.
D'autres ailleurs dans un musée ?

dom said...

Coucou rapide : problèmes de connexion !
merci de ton passage.
Bonne fin de semaine ! Bisoux.
dom

enriqueta said...

Beaucoup d'émotion devant ces témoignages de vie qui nous viennent du passé.

Juliette said...

Brise poétique ...

paola said...

Histoire émouvante...
Bon dimanche
paola

isabelle said...

J'ai reçu un tag pas inintéressant même si en général, les tags m'ennuient... J'ai pensé à toi pour relever le défi...

Quichottine said...

J'aime...

Je crois que j'aurais aimé visiter Pompéi avec un tel guide.

... Et je serais archéologue, aujourd'hui, peut-être, ou arcéologue... qui sait ?

Très beau texte...

armandie said...

c'est trés beau, Ilias et Lucia je les vois en lisant, soudés dans ces derniers instants, juste avant que...
bonne soirée
Armandie

Dane said...

On a envie d'en entendre plus...
Belle journée à toi

esperance said...

j ai adoré ton texte la façon dont il est écrit

bises
à bientôt voyageur

sido said...

Une image figée dans l'instant,
Une histoire que l'on bâtit avec ses rêves,
Quand s'étire le morne présent,
Une autre vie avant celle qui s'achève...

Le musée revisité avec Poésie, d'un oeil "naif" (neuf)par une arceologue en herbe. Bien Joli.

Sheedir said...

les émotions voyagent à travers les siècles.

Voiker said...

Au fait.

Merci.

jean-philippe said...

Ilias est pour moi une sorte d'aventurier poète d'un genre nouveau ! un genre que j'affectionne tout particulièrement !

esperance. said...

j adore ta façon d écrire tout est recherché

bises du soir en passant

InFolio said...

Merci pour la visite.
A mon tour, je me suis promenée ici, et je me suis arrêtée sur ce texte. Touchante cette image des êtres pétrifiés.
Et comment ne pas apprécier cette citation de Rimbaud en tête de blog :)

Bonne journée.

henriette said...

il est des textes qui ne demandent aucuns commentaires, juste une lecture, un sourire et l'appréciation de sa lectrice.... un doux instant.

Laetirature said...

Fouiller le temps, laisser sa marque, appliquer son empreinte... Arcéologue : le découvrailleur de demain...

Vanina said...

Qd l'horreur devient art...
Beau retournement de situation!
Et puis "arkéolog" c'est un beau métier!
Sourire
Vanina