Friday, March 05, 2010

Tibi Dabo Lola Barcelona

Au petit matin je me suis réveillé collé contre son flanc avec mon bras sur le drap qui couvrait son dos. J'avais la gueule de bois et la bouche pateuse. Je guettais sans vraiment y croire un "tibidabo" comme ceux qu'elle m'avait sussuré dans le cou la veille au soir touchant. Mais elle ne disait rien, son corps était glacé et l'odeur entétante me prenait à la gorge.

Saloperie ! Aucune idée de l'heure qu'il peut bien être ni même à qui appartient ce lit ! De toute façon je suis encore trop dans le cirage pour ouvrir les yeux.

Lola ! Lola ! Toute la soirée avec elle au coeur du barrio alto. Sur les ramblas, elle m'a fait le coup du cou pour que je lui offre une liqueur de cerise. Pulpeuse et sirupeuse goulée,on a même mangé les noyaux. Sa robe rouge froissée se déhanchait et ses genoux gainés de noir me dansaient la noce des cinq continents. De tango en tango nous avons battu, fébriles, pas à pas la cadence murs après murs, porches après porches. Lambeaux de gris qui s'effritaient sous nos corps qui s'y accrochaient. Sous l'affiche rouge qui annonce les corridas de la plaza de toros j'ai mangé son premier baiser. Sous chaque affiche blanche encadrée de noir qui affichait un décès j'ai eu droit à une nouvelle liberté. La mort de Simona Gonzales Perez m'a valu une sacrée contre plongée. J'ai sérieusement progressé en espagnol. L'un après l'autre je lui ai fait défiler tous les bars à matafs de ma collection d'étudiant exilé. Bouches à bouches à la sangria. Y a des mains qui frolent les fesses. Carrer d'Avignon, ou peut être à Escudilleres on s'est gavé de tapas elle et moi. On a extirpé en riant de leurs bocals les petits poulpes qui tremblaient dans nos mains et on s'est gavé de tortilla à la cervaise. On a fait tourner sur nos têtes la gigue des jambons. Elle levait ses bras haut pour les faire danser pendant que je louchais sur ses tétons. Et la sangria gonflait nos langues. Elle avait de petites gouttes rouges qui perlaient au coin des lèvres. J'ai bu tout ce que j'ai pu je crois.

Elle me mordait l'oreille et me disait en son creux "tibidabo, amor,tibidabo". En fait je crois qu'elle voulait me dire "tibi dabo". Mais pourtant je doute qu'elle parlait latin. Ou alors elle voulait peut être que nous montions là haut au faîte de la ville pour chevaucher les montagnes russes. Je ne sais plus. Je crois que j'ai rebu beaucoup. Je me suis essayé à réciter du Cervantès. Une histoire de géants qui moulinent le temps. Là j'étais vraiment cuit.

Lola, je crois que tu m'as pris dans la poche mon pognon pour arroser de pesetas tes copines au lampion rouge. Je ne sais plus. Tu as fais ton métier j'imagine, la main gracile et leste sans faire tinter les sonnettes. Je m'en foutais tu sais, seule comptait ta main Lola. Et tes yeux noirs comme des olives. Et tes jambes fuseaux.
Et tes cils au tempo chino.

Fais moi encore danser Lola ! Ce matin ce ne sera pas facile avec cette barre aux tempes...mais si tu le veux Lola ! Tu sais je vais vomir et puis je serai beau comme avant. Lola ?

Sous le drap il n'y avait pas de Lola mais un jambon de dix kilos. J'ai souri mais je n'ai pas eu la force d'en manger. Et puis j'ai vomi.

15 comments:

Manuel Montero said...

Mon pauvre, vous pourriez pas réciter du Cervantes à Catalogne à présent. Ils sont même contre les taureaux. Je n'ai pas compris en revanche qui était symbolisée par le jambon à la fin. J'espère que vous retrouverez votre Lola, quand même, les choses s'arrangent, vous savez ?

Cécile Delalandre said...

Votre texte est attractif comme un parc! Et puis, quelle sensualité! hum... j'en ruisselle de sueurs!
:)S

l'alcool, les corps, le sexe, Lola,le diable..
"Tibi Dabo".. "prosternes-toi, adore-moi".. des désirs de soumissions?

et puis pour finir ce jambon de dix kilos! J'ai bp ri! surtout que je découvre votre texte en ce jour du 8 Mars, fête de la femme!

Moi, j'ai connu une Lola et elle était une truie, mais une amie! *_*

Mélusine said...

Ah ! Quelle fin ! Dis... cette Lola, tu ne l'aurais pas plutôt prise pour un jambon ?
C'est que les nuits d'ivresse, on confond souvent tout ! :=))

Anna de Sandre said...

"Tu sais je vais vomir et puis je serai beau comme avant." Ca c'est bien trouvé. Et la chute est sympa j'ai bien ri.

Anonymous said...

Quelle chute! Je ne parle pas de celle des reins de Lola, mais de celle du vomi à la vue du jambon...

le koala said...

Je suis de l'avis de Melusine. Les alcools frelatés espagnols, associés à certaines autres spécialités culinaires locales comme l'huile de colza employée en lieu et place de "Motul" ou encore les oreilles de porcs frites, ont de fâcheux effets hallucinatoires pour peu qu'on les arrose de Rioja pas frais. Moi-même, du côté de la juderia de Cordoue, j'ai confondu une carpe et un somptueux top-model mollement alangui. Je me suis réveillé sur l'étal d'un poissonnier vociférant, entouré d'algues nauséabondes, avec un poulpe (pulpo) sur le crâne.

'Faut jamais boire avec des espagnols. ces gens-là meurent de cyrrhose à quarante-trois ans, n'oublions pas ça. Sont plus forts que nous.
Salope de carpe.

Marie Broor-Machu said...

Bonjour,

Très vivant ce texte et puis les tapas on sait à peu près quand ça commence et l'on ne sait jamais où et quand et comment cela s'arrête , cette Lola est une blagueuse..!

Je me suis permise de m'inscrire dans la file de vos abonnés, si vous y voyez un inconvénient , n'hésitez pas à me le signifier, mais pas à coups de jambon .. pitié!

Bonne soirée. Marie

Frasby said...

Votre écriture luxuriante force l'admiration. (Sensuelle et poilante).
"On a même mangé les noyaux"
magnifique ! et quelle chute !
Un pur régal, vraiment.

Marie said...

J'avoue qu'avant de vous rencontrer à la soirée qui a fait couler un peu d'encre sur deux, trois blogs, je n'avais pas pris le temps de parcourir avec l'attention qu'il mérite, votre site. Et je m'en veux d'avoir tardé; quelle plume, quelle élégance ! J'ai vraiment énormément aimé "Château de Dilliers"; c'est le texte que je préfère pour l'instant, car je n'ai pas tout lu. A bientôt.

soleil sucre said...

je suis rentrée du Mexique et toujours pas de nouvelles du poète voyageur

il est des silences..........


bon week end à toi

Belle said...

De la haut on voit toute la ville...Et le téléphérique? Il y est toujours? Vous y êtes peut-être passés, Lola et toi? Envie de lire la suite...

Cortisone said...

Tu trouves beau... Merci.
Il y avait longtemps, très longtemps, mais rien ne s'oublie. J'ai déménagé, dans une maison plus grande.
Je laisse la porte ouverte si...
Bon dimanche à toi !

Aurélie said...

Quel plaisir de découvrir ce texte suavemente avec le premier café du samedi matin... Les délices du Serrano... :)

isabelle said...

Je me demandais comment tout cela allait finir... pas une seconde je n'aurais pensé à du jambon! génial Gondolfo!

Sheedir said...

Une écriture toujours aussi vivante. Je ne passe pas souvent ici mais c'est toujours un plaisir.
Merci d'avoir laissé un petit mot sur mon blog dépouillé