Monday, August 04, 2008

C'est bientôt Noel à Central Park


Elle regarde par la baie vitrée les joggers qui courent autour du réservoir de Central Park. Aucun son ne parvient jusqu'au quinzième étage. Allongée sur le sofa elle machonne distraitement la barette marron qu'elle a acheté tout à l'heure furtivement devant Saks Fifth Avenue. Un goût acidulé qui monte à la tête et qui lui rappelle inconsciemment un après midi sur le pont de la vedette de Jim Baker sur le Lake Tahoe. Jim voulait l'emmener faire une tournée dans les bordels du désert du Nevada. Elle lui avait fait une pipe et on en était resté là. Jim est mort de toute façon. Un accident au volant de sa Mustang. Deux ans déjà ? Non trois peut être.

Il n'y a plus de feuilles sur les arbres à cette époque de l'année et on devine que la neige ne va plus tarder. Un hiver de plus. Elle aura bientôt quinze ans. Esther,sa mère, a promis de l'appeller pour fêter ça. Mais elle avait déjà fait cette promesse l'année passée, et avec son voyage aux Maldives, elle n'avait rien pu faire. Les communications ne sont pas parfaites dans ces îles. De toute façon elle a acheté plusieurs barettes pour l'occasion et quelques bouteilles de vodka russe. Dans le jacuzzi de la terrasse cela devrait faire l'affaire. Elle remonte son chale sur ses épaules, il fait froid ce soir.

Elle a mis un disque de Coldplay et regarde son visage maquillé dans le miroir. Elle caresse ses jambes doucement. Elles sont lisses et fines. Elle pourrait téléphoner à Mike le concierge. Elle sait combien il adore la prendre en levrette sur le sofa, son visage tourné vers Central Park. Une fois par semaine il la prend ainsi brutalement, parfois deux, quant son entrecusisse la brule trop. Bon il fait trop froid, c'est dit elle l'appelle.

Mike n'en finit pas. Il avait promis, il ya déjà un quart d'heure, d'être là dans cinq minutes. Il doit encore être en train de commenter le dernier match de baseball avec Zak, son pote de Harlem, devant l'immeuble sous le dais rouge devant le hall. Elle a des suées de froid et de chaud. Elle regarde les petits fiacres qui passent en bas juchés de touristes hilares. Ils ont l'air si petits. C'est dit si Mike n'est pas là dans dix minutes elle les rejoint. Elle fixe d'un regard hagard sa Rolex. Voilà. Quinze minutes déjà. Elle ouvre la baie vitrée, repose le chale sur le sofa, réajuste ses cheveux dans le miroir, escalade la rambarde et se jette dans le vide.

Le téléphone sonne. Trois sonneries avant que le répondeur ne se mette en marche.

" Ma chérie c'est Esther, ta mère, rappelle moi vite pour me dire ce que tu voudrais pour ton anniversaire et pour Noel. Cela va venir tellement vite"

Oui c'est vrai, c'est bientôt Noel.

26 comments:

Sév said...

Ha nonnnnnnn
Pas nos ailes !
Soirée bonne.

Quichottine said...

Je reste sans voix.

Je dois dire que je lisais, me demandant où tu voulais en venir. Je la voyais, un peu trop seule.

J'ai essayé de la retenir, je n'ai pas su.

... ça faisait longtemps que je n'étais pas venue. Merci de m'avoir rappelée.

Passe une belle soirée.

naejlou said...

si jeune et pourtant tellement fanée..
jolie petite nouvelle, bien triste, très bien écrite .
merci pour ta visite sur mon blog
à bientôt :-)

Anonymous said...

...et elle sauta!!!!
Ici mais pas là!!!!!

eglantine said...

Merci de ta visite. Je découvre. C'est triste désespéré et puis sur la fin une lueur d'espoir pour cette jeune femme émancipée et qui a tant besoin de sa maman... J'aime bien

iris said...

ah bon ? bientot Noel ? déjà ?
choeutte il fait chaud et beau
on pourra faire au menu viande barbecue ca changera !
treve de plaisanteries ! beua texte
merci pour ta visite et bisous d'iris

Dane said...

Les anges ont aussi 15 ans et vivent parfois à Central Park!
Remarquable écriture, j'aime beaucoup, très!
On ne devine qu'à la fin de la fin...
Un vrai plaisir de lecture en ce jeudi morose!
Belle journée à toi

Milla said...

Marrant çà me rappelle un bouquin que j'ai parcouru l'an dernier, la virevolte ;-) beau lol

j'ai bien aimé relire le Grand Humaniste, Victor Hugo, demain dès l'aube, j'adore, ma nièce se prénomme Léopoldine ;-)

merci pour ton coucou et continue a "écrire"....

Poupoute said...

L'a quand même un p'tit peu d'chance dans son malheur, pas à cause du papa Noël mais parce qu'il y a des tas de pays où les filles sont déjà mariées à c't'âge-là et définitivement coincées. Là elle est dans un coin du monde où on peut quand même oser avoir un tout petit espoir de s'en sortir à tout âge. C'est sombre, surprenant et plutôt dérangeant comme histoire, le genre de voyage où on apprend des choses

Etoile said...

Bravo pour ce joli blog.. et merci pour ta visite chez moi
A très bientot
Bisous étoilés

orchis said...

Mais bien sûr ce n'était qu'un rêve, et la voix de sa mère l'a réveillée.
Ouf!
l'oprimiste Juliette qui ne veut plus croire au malheur parce qu'elle en a trop vécu
Amitiés

Priscilla Lopes Berges said...

Boum:)

merci pour ta visite sur mon blog...
Très sympa ton texte.
Ta p'tite nenette ressemble un peu à ma "Léa"... elle aussi fait un tour à la fenêtre... mais ça finit avec un peu plus d'espoir.
Je reviendrai faire un tour...

Sheedir said...

Quinze ans et sa vie déjà brulée... Tout est allé trop vite et sa mère n'a su arriver que trop tard. L'intensité violente d'une brulure dans ce court texte.

Gwenn said...

Bonjour. Tu as déposé il y a quelques semaines un commentaire sur mon blog. A mon tour, je découvre le tien.
Je trouve ce récit très beau. Bien construit. Les mots sont directs. On imagine aisément l'univers dans lequel vit cette fille. Son aspect pathétique la rend agréable, elle devient proche du lecteur.
Tu as une bien belle plume...

Prax said...

Je ne me rappelle plus si la magie s'exprime à NY mais rien ne dit que ton héroïne atteint le sol.

Dane said...

La plume du poète a encore frappé!
Youpi tu as été nominé!
Bien à toi
..... et à ton tour de décerner ce joli trophée
Dane

jean-philippe said...

ah !! j'attendais du nouveau !! et je suis comblé !! vous possedez une plume limpide, riche et tres agréable ! cette histoire commence de fort belle façon !

jeandler said...

Sur l'air de "Dis-moi, c'est encore loin Noël?".

Merci de ton passage dans mon labyrinthe pêle-mêlique.

esperance said...

je viens d arriver de mes vacances

c est noel tous les jours ici quelle belle histoire tu nous contes là

ou te caches tu ?


si tu es pres des 200 pays viens nous rejoindre,et meme si tu en es loin d ailleurs

bises

Anonymous said...

Oh, oh, belle surprise ! je ne connaissais pas cette saison-là... J'aime ...et pourtant cete langue ne m'est pas inconnue...étrange voyage...
christiane

marithé said...

et oui noel va vite arriver ....c'est bien ce que tu écris ...chapeau !!!!

fbd said...

Ne pas savoir attendre... :-)

Hayat said...

Voilà un site de passionné littéraire comme je les aime ! Bien contente de découvrir ton univers et tes textes, je sens que je vais revenir souvent ;-)

soleildebrousse said...

J'aimerais croire que le lien entre l'insatisfaction physique et le saut de l'ange n'est qu'un artifice.
La question étant : le sexe peut-il combler un vide intérieur ?

Rose B said...

c'est déjà bientôt Noël
va falloir que je chausse mes lunettes pour lire toutes ces petites lettres
bon, en plus j'aime bien NY

Cath said...

D'une barette au Lac Tahoe, j'aime ces raccourcis, que dis-je... ces passerelles dans le temps d'une vie.

Merci merci d'être passé chez moi le temps d'un bref commentaire. Et voici que je découvre un lieu de délices pour moi, la lectrice jamais assouvie !

A bientôt.
J'aime !!!