Friday, July 25, 2008

Antinéa de Fès la blanche

Elle est assise à même la roche face à la mer. A ses pieds un gisant de pierre, rongé par l'iode, dont on devine encore qu'il s'accroche au roc par une amarre géante. Au dessus d'elle se tient une lourde croix de granit, particulièrement dépouillée dont les deux rondins de pierre sont agencés par un montage invisible à l'oeil.

Sa robe marron foncé la couvre entièrement ne laissant entrevoir que ses pieds. Parfois la brise découvre soudainement le pan du bas et un pantalon, du même tissu, qui cache encore plus ses jambes que l'on devine pourtant aussi frêles que celles d'une gazelle. Elle regarde la mer concentrée sur un horizon invisible.

Elle porte sur la tête un voile qui ne laisse pas de doute sur ses origines ou sa religion. Ses yeux sont soulignés d'un khol troublant qui laisse entrevoir la pureté et l'éclat de la rétine. Elle sourit doucement et une mélopée sourde s'échappe de ses lèvres, message qu'elle adresse à on ne sait qui au bout de cet horizon tendu de cumulus nimbus. Au loin un spi blanc gonflé sur la mer semble donner un écho terrestre et généreux aux nuages.

Je retrouve dans ma bouche le goût surprenant d'un fruit juteux à la fois doux et amer par delà les océans dans la casbah de Fès la blanche. J'y poursuivais Antinéa sous le regard malicieux de mon guide avec sa dague incongrue au flanc. Et sous les porches balafrés j'entendais la même mélopée qui me guidait, de portes en portes, dans le tortueux labyrinthe des venelles. Je ne sais toujours pas où est la clé mais il me reste cette voix de sirène qui me guide aujourd'hui de rocher en rocher.

11 comments:

Muad' Dib said...

Coucou Gondolfo, quel superbe texte!
On dirait que tu es en train de décrire une statue et que tu lui redonnes vie par la magie de tes paroles.
Bonne journée,

Belle said...

Oui ce texte est très beau. Et cette phrase, dont la musique s'attarde dans le creux de l'oreille : "...Et sous les porches balafrés j'entendais la même mélopée qui me guidait, de portes en portes, dans le tortueux labyrinthe des venelles..."
Mmh! Comme elle sonne bien!

Quichottine said...

J'adore entendre la voix de cette sirène et surtout suivre tes pas de rocher en rocher. Tu as écris ici un texte magnifique !

Daly said...

moi et mes fautes de frappe...
bon, je vous ai demandé si l'article "les dernières heures de la nuit" ,sur mon blog, vous est plu ?

bonne journée!

miss milady said...

j'ai trouvé la porte du blog lol. trés beau

ROSE said...

Un petit coucou au passage,Un tres beau texte, Bisou .......Rose

Eglantine said...

Que c'est beau, merci pour le plaisir et l'émotion.

Santounette said...

J'ai suivi le lien mis chez Quichottine et je ne suis pas déçue, c'est un très beau texte, bien écrit.
Santounette

polly said...

beaucoup de douceur, un rythme chaloupant, on se laisse prendre dans la magie de ce chant.

stephanie gaou said...

Décidément la visite poétique est de plus en plus alléchante...

Antinéa said...

...Telle une poussière éveillée, versée parmis les courbes amoureuses de l'Eau, elle chavire, effigie d'une Sirène voluptueuse, perçant les abîmes afin d'épancher ses danses...Danses aux notes de silence, mystères d'ennivrance aux couleurs de détresses en vertue de prouesses, déployant son inclination par la grâce de ses espérances...Espérances mélodieuses de romance, d'une bulle de rêverie éternelle, un empire aux fantasmes illusoires d'aspirations imaginaires...Imagines...Imaginations déjantées aux éclats gorgés de folies, elle fût séduite par les charmes féériques d'un Monde fantaisiste et conte les éclairs versatils sans doute éclos d'une autre Vie...