Tuesday, December 04, 2012

Antilles priez pour nous


Douces îles, saoules au vent, qui oscillent entre sourde violence
Et tendresses alizées, encartées et figées en technicolor romance
Dehors le vent souffle hardiment, berçant docilement la moustiquaire
Il cogne effrontément aux fenêtres bleues de l’Habitation du vicaire

Des rafales arrachent aux palmiers leurs tiges souples et vertes
Hérissés de dorades aux yeux exorbités la gueule grande ouverte
Les esquifs des pécheurs sautent sur la vague que brise le corail
Et pointent leurs museaux sanglés de grands filets qui baillent

Jaillis de cent poumons endimanchés, les psaumes du chant sacré
Se déhanchent en cadence sur le parvis dans un rythme endiablé
Et puis les planches blanches de l’église Saint Pierre dégorgent
La foule qui s'ébroue sous les coups de boutoirs du soleil forge

Hommes et femmes, avec ou sans oreilles, au sang mêlé sourient
Doucement au soir qui vient, avant de grimacer sauvagement un pari
Regards brillants qui fixent les crêtes de deux coquelets décharnés
Qui s’affrontent saouls et titubants de leurs ergots de métal arnachés

Cahiman et mangue zécodinde,ti-coco
Pomelo et pomme surette, ti-coco

La mangouste nous guette esquisse de sourire au coin des lèvres
Comme un chaton attendrissant, avant de se jeter avec fièvre
Dents acérées, au garrot, sans jamais lâcher prise, sur le serpent
Qui la narguait, le long du sentier qui mène au coeur du volcan

Si calme aujourd’hui, recouvert de son abondante toison de buissons
Il laisse deviner en bas, la ville abandonnée, figée sous la fusion
Les bombes de basalte ont évidé les murs qui baillent aux étoiles
Dans la savane, la villa d'un planteur de bananes met les voiles

Dans d’antiques bâtis de planches, de tôles et de poulies rouillées
Les rhumeries écrasent sans pitié la canne en un jus de mélasse ambré
Qui coule par de multiples vaisseaux pour se bonifier en cœur de chauffe
Il chauffe, embaume les cœurs, guérit la faim et vous rend saint et sauf

Les saints qui s’alignent aux alentours en une mélopée sacrée surveillent
Résignés et hagards cette ambiguë douceur qui balance aux alizés vermeils
Des senteurs parfumées, des couleurs ouatées et des risées moqueuses
Des huiles frelatées, de la colle à fumer et des effluves douteuses

Cahiman et mangue zécodinde,ti-coco
Pomelo et pomme surette, ti-coco

Saint Jean et Saint André priez pour nous
Saint Paul et Saint Pierre, priez pour nous
Saint François et Saint Jacques priez pour nous
Saint André et Saint Matthieu , priez pour nous

Sainte Marie aussi

Amen

2 comments:

Anonymous said...

Ouaip j'aime bcp votre poème.
Cela sonne en alexandrins même si c'en est pas. J'aime bcp votre saint et sauf aussi.
Le stupéfiant étant qu'avant l'éruption catastrophique elle était pressentie Saint Pierre pour devenir la capitale de Madidina.

cordialement,
rose

Marc de Gondolfo said...

Merci Rose